Le clavier change, pas l’habitude
La dictée vocale de Google, c’est le micro logé dans Gboard. Tu appuies, tu parles, les mots arrivent. C’est efficace, c’est déjà installé, et pour beaucoup de gens c’est la seule dictée qu’ils aient jamais essayée.
LocalType remplace le clavier, pas l’habitude. La touche micro est toujours là et s’utilise pareil, mais la reconnaissance se fait sur ton propre appareil, et l’app n’a aucun compte rattaché.
LocalType est un produit indépendant et n’a aucun lien avec Google.
Ce que Gboard fait déjà
Beaucoup de textes sur le sujet affirment que la dictée de Google est forcément un aller-retour vers un serveur. C’est faux, et le comportement réel est plus nuancé.
Gboard sait dicter en passant par le réseau, et il sait aussi utiliser des packs de langue téléchargeables qui font fonctionner la dictée sans la moindre connexion. Quels téléphones reçoivent la version rapide traitée sur l’appareil, et pour quelles langues, dépend du modèle que tu as en poche.
La vraie question n’est donc pas de savoir si la dictée locale est possible sur Android. Elle l’est, manifestement. La question est de savoir si elle est garantie.
Un mode auquel il faut se fier, ou le seul mode qui existe
Chez Gboard, la reconnaissance locale est un état dans lequel ton téléphone se trouve peut-être. Cela dépend du modèle que tu as acheté, de la langue que tu parles, de la présence du bon pack, et de ce que le clavier décide sur le moment. Quand les conditions changent, le comportement peut changer avec elles.
LocalType n’a pas de second chemin. Il n’y a aucune transcription dans le cloud dans l’app, donc aucun réglage à contrôler avant de dire quelque chose que tu préfères garder entre toi et ton destinataire, et rien qui puisse rebasculer en silence. Le modèle vocal est un fichier posé sur ton téléphone, et c’est la seule chose qui t’entende jamais.
Tout le reste découle de cette décision unique.
Rien n’est rattaché à une identité
Gboard appartient à un monde qui a la forme d’un compte. La connexion est ce qui fait marcher les fonctions autour.
LocalType n’a nulle part où se connecter. Pas d’inscription, pas de profil, et rien qui relie le clavier à une personne. Ses données sont aussi laissées volontairement en dehors de la sauvegarde cloud d’Android, ce qui a un prix qu’il faut nommer : tu changes de téléphone, tu réinstalles l’app et tu retélécharges un modèle, puisque rien n’a été copié depuis l’ancien. C’est le compromis assumé, et il est assumé exprès.
Retirer la connexion ne suffit pas à raconter l’histoire. Ce qui compte, c’est ce qui occupe la place laissée libre.
LocalType ne porte aucune publicité, donc ce que tu dictes ne nourrit aucun profil destiné à te vendre quelque chose plus tard. Il n’y a pas non plus de pistage à l’intérieur de l’app, donc rien n’enregistre ce que tu en fais. Le modèle vocal se trouve dans un stockage que seule l’app peut lire, et non à un endroit accessible aux autres apps ou à un processus de sauvegarde. Aucune archive de tes enregistrements n’existe à aucun moment, parce que l’audio devient du texte et que l’histoire s’arrête là.
Le micro refuse aussi de fonctionner dans un champ de mot de passe, ce qui supprime la seule catégorie de dictée accidentelle qui fasse vraiment mal.
Et le vocabulaire que tu construis, noms de famille, noms de lieux, jargon de ton métier, reste sur le téléphone. Il améliore les suggestions de frappe et il est transmis au modèle vocal comme contexte pour que ces mots sortent justes quand tu les prononces. Il n’est envoyé nulle part, parce qu’il n’y a aucun service à l’autre bout pour le recevoir.
C’est toi qui arbitres, pas le fabricant
La dictée intégrée te donne ce que le constructeur a jugé bon pour ton appareil. LocalType te repasse cette décision.
Trois modèles vocaux sont livrés avec l’app. Le Compact occupe 60 Mo et répond le plus vite, ce dont un téléphone à court de mémoire a réellement besoin. Le Standard occupe 190 Mo, et c’est ce que l’app recommande tant que tu ne la contredis pas. Le Grand occupe 539 Mo et encaisse le mieux les accents, les gens qui parlent vite et le bruit ambiant, contre un peu de patience : mesuré sur un appareil doté de 4 Go de mémoire, le Standard a mis 4,1 secondes à écrire 6,9 secondes de parole, tandis que le Grand demande environ le double de ta durée de parole.
Passer de l’un à l’autre remplace le fichier au lieu de l’ajouter, donc essayer ne remplit pas ton téléphone petit à petit.
Le mode avion n’est pas un cas particulier
Une fois un modèle installé, aucune partie de la dictée ne réclame le réseau. Le tunnel du métro, le vol, le voyage à l’étranger avec un forfait cher, la cave, le coin de bureau mal couvert : rien de tout cela n’est une situation que l’app doit gérer, puisqu’elle n’a jamais dépendu du signal au départ.
L’app demande l’accès à internet pour un seul usage, à savoir récupérer le modèle que tu as choisi.
Dix-huit langues, aucun pack à gérer
Les packs de langue, c’est de l’administration. Tu les installes, tu suis lesquels sont sur l’appareil, et tu remarques qu’il en manque un au mauvais moment.
LocalType travaille avec un seul modèle multilingue couvrant dix-huit langues, et il identifie celle que tu parles à partir de l’enregistrement plutôt qu’à partir d’un menu. Change de langue entre deux messages et il suit. Fixe-le au contraire sur une langue précise, et la disposition, le dictionnaire et la langue de dictée se déplacent d’un bloc.
La réserve : la qualité n’est pas égale sur les dix-huit. Les modèles vocaux voient beaucoup plus de matière dans certaines langues que dans d’autres, et les langues très parlées en profitent.
Le clavier des jours sans micro
La dictée est une fonction de clavier, pas un remplaçant de clavier. LocalType doit tenir toute une journée entre les mains de quelqu’un qui ne touche jamais au micro : correction automatique et suggestions de mot suivant issues d’un dictionnaire accordé à la langue, les dispositions courantes avec AZERTY là où c’est la norme et QWERTY ou QWERTZ ailleurs, tes propres mots et ton jargon ajoutés à la main, et un jeu d’émojis complet avec les derniers choisis en tête.
Rien de tout cela ne va chercher le réseau non plus.
Ce que le changement te coûte vraiment
Remplacer le clavier d’un téléphone n’est pas un petit geste, et une page qui passe là-dessus te vend quelque chose.
Gboard a des années de réglage derrière lui, il est déjà là, déjà configuré, avec tes habitudes cuites dedans. Un clavier que tu installes aujourd’hui part de zéro. Son dictionnaire n’a rencontré ni les prénoms de tes amis, ni le nom de ton employeur, ni les abréviations que tu tapes deux fois par jour, ni la faute que tu fais systématiquement sur un mot précis. LocalType te laisse ajouter tout ça à la main, et le faire améliore la dictée en même temps que la frappe, puisque les mêmes mots sont fournis au modèle vocal comme contexte. Mais c’est bien toi qui les ajoutes, au moins au début.
Il y a aussi une facture en espace disque. La dictée intégrée semble gratuite parce que la partie lourde repose sur le matériel de quelqu’un d’autre. Déplace cette partie sur le téléphone et elle devient visible, entre 60 et 539 Mo selon le modèle que tu fais tourner. Sur un appareil déjà presque plein, ce n’est pas une note de bas de page.
Et passer à un nouveau téléphone veut dire tout remettre en place. Comme LocalType garde ses données hors de la sauvegarde d’Android, rien n’est recopié discrètement pour toi : tu installes l’app et tu vas chercher un modèle. C’est la conséquence directe du refus de mettre tes données là où elles pourraient être copiées, et cela vaut dans les deux sens.
Rien de tout ça n’est un argument contre le changement. C’est ce que le changement implique, et il vaut mieux le savoir avant de décider qu’après.
Si rien de tout ça ne te dérange, reste
Gboard est gratuit, déjà installé, et honnêtement bon à cet exercice. Si rien de ce qui précède ne te dérange, il n’y a aucune raison de bouger.
LocalType existe pour le lecteur que ça dérange. Pas de compte, pas de packs à vérifier, pas de mode à confirmer, et pas de second chemin possible pour ta voix.